Le Président du tribunal
« Lors de la dernière audience, Me Bouobda a affichĂ© un manque de respect envers le tribunal. Nous avons Ă©galement Ă©tĂ© interrompus alors que nous ne posions que des questions Ă l’accusĂ©. Puisque vous ĂŞtes lĂ Monsieur le Bâtonnier, je souhaite que certaines choses soient clarifiĂ©es d’avance. Le Tribunal a-t-il le droit ou non de poser des questions Ă l’accusĂ© quand il le souhaite et Ă n’importe quelle Ă©tape de la procĂ©dure ? Je souhaite aussi que Me Sokeng nous indique clairement quand est-ce que le mĂ©decin lĂ©giste avait dit ici que le coup fatal pouvait provoquer le dĂ©cès 30 minutes après et non 24h après comme je l’ai dit. Nous nous Ă©tions sĂ©parĂ©s sur cet aspect. J’avais notĂ© que le MĂ©decin avait dit qu’après avoir reçu le coup, la victime ne pouvait plus supporter 24h, elle a dit que ce dernier avait plutĂ´t parlĂ© de 30 minutes maximum. Je souhaite donc qu’on commence par lĂ .»
La parole est donné au bâtonnier Patrice Monthe qui tient à rappeler qu’il est présent ce jour pour que le Cameroun sache la vérité, car ce qui se dit sur les réseaux autour de cette affaire est très grave et il est inadmissible de laisser perdurer cela. Il réitère être venu pour assurer la défense du Professeur Christian Fouelefack.
Le Bâtonnier Patrice Monthe :
« Je tiens Ă vous dire, Monsieur le PrĂ©sident du tribunal, distinguĂ©s juges, que j’ai eu vent de ce qui a Ă©tĂ© dit ici lors de la dernière audience par mon confrère Me Bouobda, et il est important que le professeur Fouelefack soit dĂ©fendu dans les meilleures conditions de droits. En tant qu’avocat discipline de Robert Badinter je me suis toujours battu pour que le droit soit dit dans le strict respect des procĂ©dures. Dans le strict respect rĂ©ciproque des magistrats et des avocats. Aucun dĂ©tail ne doit ĂŞtre nĂ©gligĂ©. On dit que le diable se trouve dans les dĂ©tails. Me Bouobda n’avait justement pas compris que notre client après le rabattu du dĂ©libĂ©rĂ© soit interrogĂ© sur des questions qu’il avait dĂ©jĂ rĂ©pondu Ă©tant dans le box des tĂ©moins. Il n’a pas non plus supportĂ© que le tribunal demande au professeur si son Ă©pouse est dĂ©cĂ©dĂ©e de mort naturelle. Le professeur Fouelefack plaide non coupable.»
Le Président du tribunal réagit.
C’est lui-mĂŞme qui avait parlĂ© de mort naturelle et nous avons voulu en savoir davantage.
Le Bâtonnier poursuit…
«Si nous voulons qu’il n’y ait pas de malentendus, il est important de respecter tous les dĂ©tails liĂ©s Ă la procĂ©dure. Je pense que c’est ce que mon excellent confrère avait voulu relever. Et si le Tribunal s’est senti heurtĂ©, je prends sur moi de prĂ©senter nos excuses Ă la cour.”
Me Bouopda réagit :
« Monsieur le Président, lors de la dernière audience, mes propos ne visaient pas à vous heurter, mais à dénoncer l’injustice. Il est inadmissible qu’après le rabattu du délibéré, vous vouliez poser des questions à mon client dans ce box là .»
Président du tribunal :
Est-il interdit au tribunal de poser des questions ?
Avocat de la défense :
« Les questions qui doivent être posées au Professeur ne doivent pas l’être dans le box des témoins. Il a déclaré ici qu’il était non coupable. Il est accusé.»
Président du tribunal :
« Le choix de la position de l’accusé pour répondre aux questions est un détail.»
Me Bouopda :
« Non, vous ne pouvez pas dire que c’est un détail. Il doit être jugé comme il se doit. Rien ne se fait au hasard dans une procédure. Le code de procédure pénale est justement là pour tout encadrer.»
Président du tribunal :
« Nous devons lui reposer toutes les questions qui lui ont Ă©tĂ© posĂ©es. Sommes-nous d’accord ? Monsieur le bâtonnier n’a pas rĂ©agi Ă toutes nos prĂ©occupations. Nous souhaitons que Me Sokeng nous indique quand et oĂą il avait Ă©tĂ© relevĂ© 30 minutes au lieu de 24h.»
Me Sokeng Sandrine :
« Monsieur le PrĂ©sident, Nous n’avons aucun problème avec vos questions. Le 17 mars, vous avez ordonnĂ© le rabattement du dĂ©libĂ©rĂ©. Nous nous attendions Ă ce que le tribunal nous indique explicitement la nouvelle dĂ©marche. Or, grande fut notre surprise de vous voir poser directement des questions Ă l’accusĂ©.»
Président du tribunal :
« Le ministère public a rappelĂ© ici que la parole pouvait ĂŞtre donnĂ©e au tribunal pour poser des questions…»
Me Sokeng Sandrine :
« Nous ne pouvons pas accepter que le Professeur Fouelefack, ayant plaidĂ© non coupable, continue d’être interrogĂ© dans ce box. Tout portait Ă croire que l’objectif Ă©tait tout autre.
Monsieur le PrĂ©sident, le mĂ©decin lĂ©giste avait dĂ©clarĂ© ici que la victime ne pouvait pas rĂ©sister plus de 30 minutes, et vous reveniez sur un dĂ©lai de 24 h. Je ne pouvais plus supporter un tel Ă©cart dans un propos que j’ai bien notĂ©.»
Me Bouopda :
Nous sommes dans une affaire criminelle. L’accusé ayant plaidé non coupable, certaines questions ne devraient plus être posées. Il vous a dit qu’il n’était pas là . L’article 307 est clair : il revient au ministère public et à l’accusation d’apporter les preuves. Vous ne pouvez pas demander à l’accusé de prouver son innocence. Voilà le fond du problème.
Président du tribunal :
Je reste clair. M. Fouelefack dit ne pas avoir tué son épouse. Nous voulons savoir qui l’a tué.
Me Bouopda :
Il vous a parlé de mort naturelle. Vous êtes allé trop loin.
Président du tribunal :
Mais c’est lui qui a parlé de mort naturelle. Nous voulons qu’il nous dise ce que signifie mort naturelle.
Maintenant, pouvons-nous poser des questions à l’accusé ? Nous sommes dans notre droit de faire venir qui nous voulons ici pour poser des questions.
Bâtonnier Me Patrice Monthe :
Monsieur le Président, l’accusé a répondu à toutes ces questions ici. Quel intérêt y a-t-il à y revenir ?
Président du tribunal :
Je vais reposer les mêmes questions. Êtes-vous d’accord avec moi sur le timing de la mort ?
Me Sokeng Sandrine :
Non, monsieur le Président. C’est vous qui avez posé cette question le 2 juin 2025. Allez dans votre plumitif. Vous aviez dit : C’est le même jour que ces traumatismes ont eu lieu. Nous étions le même jour, et vous parlez maintenant de 24 h. Ne trouvez-vous pas cela incohérent ?
L’accusation :
Il était question de 30 minutes, et non de 24 h.
Me Sokeng Sandrine :
Me Kenfack, arrêtez de distraire la justice. Nous voulons la vérité.
Après lecture du plumitif de ce qui avait Ă©tĂ© dit le 2 juin 2025 par le mĂ©decin lĂ©giste, le prĂ©sident du tribunal convient avec la dĂ©fense que Me Sokeng avait raison et va plus loin en relevant qu’il avait notĂ© que le coup en question pouvait causer la mort « immĂ©diatement ».
Il relève les incohĂ©rences notĂ©es et s’accorde avec la dĂ©fense.
Président du tribunal :
M. Fouelefack, rentrez dans le box.
Y a-t-il d’autres questions des parties ?
Ministère public :
Non nous n’avons pas de nouvelles questions.
Avocat de la défense : Oui, nous avons à dire.
Accusation : Nous avons une question.
Me Sonkeng Sandrine :
M. Fouelefack, revenez de ce côté.
Me Bouopda :
Après ces questions, pourrons-nous revenir ?
Président du tribunal : Oui.
Accusation :
Dites-nous pourquoi vous avez changé de version entre l’enquête préliminaire et l’enquête judiciaire concernant la position de votre épouse ?
Accusé :
Je n’ai pas changé de version. Ma version est toujours la même : ce samedi, je suis rentré chez moi après que mes enfants m’ont appelé. Une fois sur place, j’ai trouvé une dame dans les escaliers. J’ai ouvert ma porte et je suis entré dans notre chambre. J’ai trouvé ma femme couchée sur le côté gauche, la main soutenant sa tête. J’ai pu la transporter de la douche jusqu’à l’entrée de notre chambre, mais ne pouvant pas sortir avec elle, je l’ai déposée. J’ai trouvé la dame du champ dans notre salon. Ensemble, nous avons sorti mon épouse de la chambre jusqu’au salon. Avec les voisins arrivés, nous l’avons transportée jusqu’au véhicule, et j’ai pris le volant pour l’hôpital.
Accusation :
Voulez-vous consulter votre déclaration ? Est-ce bien votre signature sur ce document du 18 avril 2024 ?
Accusé : Oui, c’est la mienne.
Bâtonnier Me Patrice Monthe :
Si l’accusation veut dĂ©montrer une incohĂ©rence, elle n’a pas besoin de poser ces questions. Elle n’a qu’Ă lire les versions diffĂ©rentes prononcĂ©es par l’accusĂ©.
Accusation :
Avez-vous transporté votre épouse seul ?
Accusé :
J’ai transporté mon épouse de la douche à la chambre tout seul. Une fois que j’ai voulu sortir de la chambre pour le salon, je n’ai pas pu à cause de la porte. Je l’ai transportée avec la dame du champ jusqu’au salon, puis d’autres voisins nous ont aidés à la mettre dans le véhicule et à la conduire à l’hôpital.
Accusation :
(Aucune mention de l’incohĂ©rence en question)
Comment pouvez-vous justifier devant ce tribunal qu’après les premiers obsèques, vous êtes allé à un autre deuil ?
Accusé : Je n’ai pas de justificatifs.
Deuxième avocat de l’accusation :
À une audience, vous avez dit qu’une fois à l’hôpital, votre ami Alidou vous a appelé.
Accusé :
Je ne peux pas vous dire si c’est lui qui m’a appelé en premier, mais nous avons échangé.
Accusation :
Le listing montre que c’est vous. Pourquoi l’avez-vous appelé en premier ?
Accusé : Je ne peux rien vous dire à ce sujet.
Accusation :
Si je vous dis qu’au moment où vos enfants vous appellent, vous n’étiez pas à Synergie, que répondez-vous ?
Accusé : J’y étais.
Accusation :
Vous avez bien dit que votre épouse était morte de mort naturelle, c’est bien ça ?
Accusé : Oui, je l’ai dit.
Accusation :
Pourquoi avez-vous refusé les rapports des légistes ?
Accusé :
J’ai Ă©tĂ© sidĂ©rĂ© par les rapports des mĂ©decins lĂ©gistes. Il y a eu de nombreuses contradictions que j’ai relevĂ©es. Si le premier releve un fait Ă droite le second le relève Ă gauche.
Le premier parle de l’usage d’un objet contondant, le deuxième n’en parle pas.
J’ai demandĂ© au premier lĂ©giste ici, s’il avait trouvĂ© du sang, une blessure ouverte ou une bosse sur mon Ă©pouse. Il a rĂ©pondu non. Il parlait pourtant de l’usage d’un objet contondant lourd pour la frapper. Comment peut-on frapper mortellement quelqu’un Ă l’aide d’un objet contondant lourd et on n’ y trouve ni blessure, ni bosse, ni sang? Ce n’est qu’Ă l’intĂ©rieur du crâne qu’on retrouve tout ce qu’il relève.
Je rappelle que j’ai portĂ© mon Ă©pouse avec d’autres personnes pour la transporter a l’hĂ´pital. Il n’y avait rien indiquant qu’elle ait subi quoi que ce soit de violent.
Accusation :
Avez-vous demandé à être représenté lors de la seconde expertise ? Où est le rapport de ce médecin ?
Accusé :
Oui, mais le troisième lĂ©giste n’était pas lĂ pour rĂ©diger un rapport. Il me reprĂ©sentait simplement. C’est pourquoi il n’a pas signĂ© le second rapport.
Président du tribunal :
Votre épouse était-elle jalouse de vous ? Était elle bagarreuse?
Accusé :
Je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation avec mon épouse.
Président du tribunal :
Le rapport parle non seulement de mort criminelle mais aussi des hématomes sur ses deux bras qui pourraient être des signes de défense.
Accusé :
Monsieur le PrĂ©sident, il serait Ă©galement intĂ©ressant de parler aussi de l’écorchure de son nez. Sur les images de la seconde autopsie elle a un nez complètement dĂ©figurĂ©, ce qui n’apparaĂ®t pas dans la première. On peut y ajouter les hĂ©matomes en question. Mais je reste convaincu que mon Ă©pouse a eu toutes ces Ă©corchures Ă la morgue. D’oĂą les multiples contradictions dans les rapports.
Président du tribunal :
Lorsque l’autopsie a été faite, le corps était-il déjà congelé ?
Accusé : Je n’y étais pas.
Me Sokeng Sandrine :
Pouvons-nous l’aider ?
Président du tribunal : Oui.
Me Sokeng Sandrine :
L’autopsie a Ă©tĂ© faite le 24 avril 2024, et elle a Ă©tĂ© admise Ă la morgue le 13 avril. Et la seconde a Ă©tĂ© faite le 30 mai plus d’un mois et demi après. Le corps Ă©tait totalement congelĂ©.
Président du tribunal :
D’accord, 11 jours après. Le corps était donc complètement congelé. Nous ne pouvons pas poser d’autres questions car les morguiers ne sont pas présents.
Président du tribunal :
Me Kenfack, au-delà de la dernière plaidoirie, avez-vous quelque chose à ajouter ?
Me Kenfack Tsamo:
Monsieur le PrĂ©sident, vous constaterez qu’à l’enquĂŞte prĂ©liminaire, la dame du champ et l’accusĂ© ont donnĂ© la mĂŞme version et lors de leurs dĂ©positions ici ils ont donnĂ© la mĂŞme version modifiĂ©e.
Par ailleurs, l’accusé n’a jamais rien justifié. Il décrit de manière minutieuse le premier deuil, mais pour le second, il reste évasif.
Il dit être revenu de ce deuil, puis avoir été appelé de la maison. Si vous consultez les appels téléphoniques, vous verrez qu’il n’a ni reçu ni passé d’appel là -bas.
En consultant tous les documents, vous comprendrez que la victime a succombé aux coups de quelqu’un, et ce n’est pas l’un des enfants.
Lorsque vous lirez les dĂ©positions de la mĂ©nagère, de la voisine et de l’étudiant sur le caractère violent et nerveux de l’accusĂ© vous comprendrez qu’il n’y a personne d’autre que l’accusĂ© qui a assassinĂ© son Ă©pouse. Nous vous demandons de dĂ©clarer M. Fouelefack coupable.
Accusation…un autre avocat (jeune et brun):
On a voulu nous faire croire qu’après la mort, il y a eu ces hématomes. Non, ces hématomes se sont formés avant la mort.
Vous constaterez que la première personne qu’il appelle, c’est Alidou. Mais Alidou ne s’est jamais prĂ©sentĂ© ici et ils n’ont pas prĂ©sentĂ© de tĂ©moins. De quoi ont-ils peur ? S’il Ă©tait innocent, il aurait appelĂ© Alidou pour prouver qu’il Ă©tait avec lui.
Président du tribunal : La parole est à la défense.
Me Bouopda :
Monsieur le Président, il faut faire très attention en matière criminelle.
Me Bouobda rappelle une affaire criminelle dans laquelle l’accusĂ© avait Ă©tĂ© jugĂ©, condamnĂ© puis passĂ© Ă la guillotine et plus tard le vrai coupable a Ă©tĂ© retrouvĂ©.
Monsieur le Président, a-t-on apporté une seule preuve que M. Fouelefack était chez lui avant que son épouse ne rentre ?
On s’attarde sur la dame du champ, qui a déclaré ici que je ne connaissais pas M. Fouelefack jusqu’au jour du décès de son épouse. J’ai vu sa femme rentrer, mais j’étais au champ. 25 minutes après, j’ai suivi les enfants au balcon. L’enfant disait au téléphone : Papa, papa, viens vite, maman est tombée.
Je me suis rendue chez leur bailleresse et je n’ai trouvé personne. Une fois que je me suis rendue à leur domicile, j’ai vu la voiture garée, et il est arrivé en courant.
Ces seules déclarations suffisent.
Que dit son fils aîné? Il dit : Ma mère est morte à la maison. Elle faisait le lit avec mon petit frère à qui elle a demandé de l’eau. Le temps pour lui d’aller chercher de l’eau, ils ont vu leur mère s’écrouler.
On vous demande en face de comprendre, de déduire.
En droit, on ne comprend pas, on ne déduit pas Monsieur le Président. On établit.
Pourquoi vouloir lui opposer quoi que ce soit, Monsieur le Président ? On va jusqu’à lui demander pourquoi le médecin n’a pas fait de rapport.
Personne n’a souhaité la mort de sa défunte épouse. Mais, Monsieur le Président, faut-il faire une autre victime ?
On vous demande de faire parler votre intime conviction.Votre intime conviction doit parler selon la loi. Votre honneur, regardez les textes du Code pénal : c’est l’imputabilité qui dirige tout.
Il y a eu mort d’homme, nous en sommes conscients. Mais est-ce lui qui a tué son épouse ? Les éléments à votre disposition prouvent-ils sa culpabilité ?
Je peux vous assurer que si j’avais imaginĂ© un seul instant qu’il Ă©tait coupable, je me serais dĂ©constituĂ© de ce dossier. J’aurais tout au moins demandĂ© des circonstances attĂ©nuantes, car il a des enfants. Mais il n’en est rien.
Monsieur le PrĂ©sident, il n’y a jamais eu de manque de respect vis Ă vis du tribunal mais un problème de comprĂ©hension des textes et d’apprĂ©ciation des Ă©lĂ©ments. J’Ă©prouve un respect inconditionnel pour les magistrats et vous le savez.
Me Sokeng Sandrine :
Je prie le tribunal de lire le rapport de décès dressé le 18 avril 2024 par le médecin de l’hôpital annexe de Dschang, soit 5 jours après le décès de notre épouse :
Je soussigné, Pr NOUBOM Michel, médecin biologiste, directeur de l’Hôpital Régional Annexe de Dschang, agissant sous réquisition médicale PV n°009 du 16 avril 2024 de Monsieur ABDOULAYE OUMAR, commissaire divisionnaire, commissaire central de la ville de Dschang, officier de police judiciaire, auxiliaire de Monsieur le Procureur de la République,
Atteste avoir examiné la nommée DONTSA Blanche, épouse FOUELEFACK, dont le corps a été découvert dans la douche de la maison familiale au quartier Pedground, en position de décubitus dorsal.
Au moment de l’examen, la patiente n’avait plus de vêtement.
À l’examen physique, on note un ventre plat, des paumes et plantes de pied non cyanosées, et aucune trace de violence.
Une rigidité cadavérique, une lividité cadavérique.
Par ailleurs, on note un corps de couleur normale, pas d’ecchymose sous-conjonctivale, pas de signes généraux ni particuliers d’asphyxie mécanique.
Fort de ce qui précède, nous pensons à une mort de cause inconnue, qui sera mieux élucidée par un médecin légiste.
Conclusion : la nommée DONTSA Blanche, épouse FOUELEFACK, est morte de cause inconnue, qui sera mieux élucidée par un médecin légiste.
Monsieur le PrĂ©sident, dans ce rapport dont je viens de donner lecture, elle est nue. Le rapport est Ă©tabli 5 jours après son dĂ©cès sur ordre du procureur de la RĂ©publique. Le directeur de l’hĂ´pital, premier expert Ă examiner ce corps n’a rien trouvĂ© sur le plan physique.
Que s’est-il passé entre le 18 avril 2024, le 25 avril et le 30 mai 2024 ? Nous voulons savoir.
Le premier mĂ©decin Ă©tait-il myope pour ne pas voir ce que les autres ont vu après? Il a examinĂ© le corps alors qu’il Ă©tait frais. Nous parlons bien du Pr Noubom Michel, Directeur de l’hĂ´pital rĂ©gional annexe de Dschang qui Ă©tablit ce rapport Ă la demande du procureur de la RĂ©publique.
Monsieur le Président, opérant sur ce rapport de décès, il ne pouvait pas présenter un faux rapport, car il s’agissait d’une réquisition et il aurait pu être poursuivi.
Vous pouvez donc comprendre pourquoi l’accusĂ© a toujours dit qu’il contestait ces rapports d’autopsies. Il sait dans quel Ă©tat il a emmenĂ© notre Ă©pouse Ă l’hĂ´pital.
Vous avez les témoignages des collègues de l’accusé. Ils sont unanimes : ils ont vu ce couple bras dessus bras dessous la matinée du 13 avril. Ils confirment que l’accusé s’est excusé pour un autre deuil. Ils confirment avoir déposé son épouse au marché à 16h30. Comment cela aurait-il pu se produire, et à quel moment aurait-il infligé un traumatisme à sa femme ?
Nous avons entendu des choses, notamment sur le fait qu’il aurait appelé son ami militaire Alidou en premier. Nous disons que c’est la dernière personne avec qui il se trouvait. Quel reproche peut-on lui faire d’avoir contacté ce dernier ? De lui avoir dit : Mon frère, le ciel m’est tombé dessus ? En quoi cela constitue-t-il une tentative de maquiller un crime ?
Une autre incongruité, à court d’arguments de l’accusation ? Pourtant, le listing est clair. Vous ne verrez nulle part de trace de l’accusé à son domicile à l’heure où son épouse est décédée. Vous constaterez que c’est après l’appel des enfants qu’il s’est rendu à son domicile. Voilà pourquoi le représentant du ministère public n’a pas voulu s’appesantir sur ce second deuil.
Nous voulons justice pour l’accusé. Il doit faire son deuil. Cela fait deux ans qu’il porte son deuil, et sa femme est toujours à la morgue de Dschang.
Bâtonnier Patrice Monthe :
Monsieur le PrĂ©sident, messieurs les jugeq…j’ai l’honneur d’être ici aujourd’hui… Vous avez Ă©coutĂ© les conseils. Ce que je suis venu faire, je le ferai avec loyautĂ© pour notre justice, pour votre tribunal, pour mon client le professeur Fouelefack.
J’ai devant vous ce matin un seul souci : être véridique. J’ai plaidé dans des dossiers criminels parmi les plus complexes.
Je suis obligé de vous poser quelques questions :
Pourquoi en veut-on tant au Professeur Fouelefack ?
Qu’a-t-il fait ?
Pourquoi ?
On a évité de se poser des questions essentielles dans cette affaire.
Je voulais vous dire que j’ai apprécié le travail d’assainissement de votre tribunal. J’ai besoin que justice soit rendue.
Permettez-moi cet argumentaire, car c’est cela qui nous amène ici. On a remis en cause les déclarations du Professeur Fouelefack, mais je le dis à la lumière de ce tribunal : il n’a jamais travesti ses propos. Il est toujours resté cohérent.
Le 13 avril 2024, le Professeur Fouelefack se rend à un deuil, comme nous en avons l’habitude dans nos traditions, pour assister le Professeur Kago. Ensuite, il se rend à une autre cérémonie funèbre, laissant son épouse avec ses collègues qui la ramènent.
Il se trouve qu’à 16 h, il revient en ville et s’arrête dans un supermarché pour prendre un jus. Il tombe sur son ami Alidou, puis aperçoit un notable du village. Il discute un peu avec lui, prend son contact. Il reçoit un appel entrant de son épouse et le renvoie pour terminer l’enregistrement du contact. Une fois terminé, le téléphone sonne à nouveau. Il répond et entend les enfants au téléphone : Papa, viens vite, maman est tombée.
Il dit Ă son ami qu’il a une situation urgente Ă son domicile et prend immĂ©diatement la route. ArrivĂ© chez lui, il aperçoit les enfants au balcon et une dame Ă l’entrĂ©e, avec qui il rentre. A l’intĂ©rieur de sa maison, il laisse la dame au salon et entre dans la chambre oĂą il tente de faire sortir son Ă©pouse pour le salon. Une fois ses forces Ă©puisĂ©es, il demande l’aide de cette dernière pour la transporter vers le salon. Les voisins arrivĂ©s les aident Ă transporter son Ă©pouse Ă l’hĂ´pital, oĂą elle rend l’âme.
Monsieur le Président, nous ne devons pas jouer avec la vie de nos concitoyens. Voilà les faits.
J’ai Ă©tĂ© estomaquĂ© par ce procès, car personne n’a cherchĂ© la vĂ©ritĂ©. Il n’a jamais Ă©tĂ© question de rechercher la vĂ©ritĂ© dans cette affaire depuis le dĂ©but. Le commissaire Abdoulaye Oumar a envoyĂ© un rapport extraordinaire au procureur de la RĂ©publique. Je pèse mes mots, car ce qui y est dit est ahurissant.
Objet : suspicion d’assassinat.
Lecture faite.
Le Président du tribunal :
Cela n’a t’il pas Ă©tĂ© requalifiĂ©?
La Bâtonnier Patrice Monthe poursuit…
Selon ses conclusions basées sur celles des médecins légistes, la défunte serait décédée de mort criminelle. Monsieur le Président, le médecin légiste n’a jamais dit cela.
Voici ce que dit exactement le médecin légiste dans le certificat de genre de mort :
Lecture faite.
M. Fouelefack est prĂ©sentĂ© comme quelqu’un de violent. Pourtant, il est incarcĂ©rĂ© depuis 2 ans et a toujours gardĂ© son calme. Il est arrogant. Il est impĂ©tueux. ArrĂŞtons un peu. Vous qui allez souvent Ă YaoundĂ©, dites nous combien de gens arrogants nous gouvernent. Quel est cet argument de droit ? J’ai envie de dire qu’on lui foute un peu la paix.
C’est son droit de solliciter une expertise mĂ©dicale. Il a demandĂ© que cela soit fait par un mĂ©decin lĂ©giste accrĂ©ditĂ© Ă la Cour d’appel du Centre et on le lui a refusĂ©. Connaissant l’environnement de Dschang il ne se doutait pas que de telles choses pouvaient arriver.
D’après les rapports des médecins légistes, le commissaire dit qu’il s’agit d’un crime. Qui lui a dit cela ? Était-il sur place pour affirmer qu’il s’agit d’un assassinat d’origine criminelle ?
Il conclut en disant que le Professeur tente de faire diversion et de gagner du temps. Mais c’est inacceptable. On ne peut pas rester dans un bureau et faire des allĂ©gations pour incriminer un innocent. Non, Monsieur le PrĂ©sident, le pays va dĂ©jĂ assez mal comme ça. C’est quoi cette lĂ©gèretĂ© ?
Monsieur le Président, il y a eu une espèce de chasse aux sorcières dans ce dossier.
Lisons l’article 305 du Code pénal.
Lecture faite.
Interprétations.
Citations de Robert Badinter.
Commentaires.
Il y a les dénommés Wamba Samuel, Tchamba Martin, Ngouegni Brigitte, Djuazon, auditionnés ici que je considère comme des témoins à charge.
Wamba Samuel, interrogé, répond : La mort de ma fille n’est pas naturelle. J’en ai pour preuve : dans l’organisation des obsèques, il ne m’a pas impliqué.
Donc Fouelefack aurait eu un plan pour se débarrasser de sa dulcinée, chasser la ménagère et organiser les obsèques discrètement ? Avait-il besoin de tout cela s’il voulait se débarrasser d’elle ?
Quant à Tchamba Martin, un professeur d’université en plus : Je suis ahuri. Il dit: Je ne sais pas s’il a commis les faits qu’on lui reproche. Cependant, je ne sais pas si ce dernier était tendre avec son épouse. La précipitation avec laquelle il a organisé les obsèques prouve que c’est lui.
C’est plus qu’un procès en sorcellerie ça.
La mère de Blanche Laure dit : Quand je voyais ma fille, j’avais l’impression qu’elle n’était pas heureuse. Mais une mère, après un tel constat, doit appeler sa fille pour lui demander ce qui se passe.
Toutes ces déclarations se ressemblent. Je ne reviendrai pas sur celles de dame Brigitte.
Monsieur le Président, vous avez l’impression d’avoir là des témoignages à charges?
Vous avez entendu les témoins de l’accusé. Tous ont été entendus, y compris ses enfants. Tous sont cohérents et unanimes : le Professeur n’a jamais tué son épouse, et tout ce qu’on dit de lui est faux.
Dans les réquisitions, le premier médecin dit qu’elle est morte de mort inconnue. Mais nous sommes surpris par les résultats des médecins légistes. Qu’est-ce qui a tué dame Dontsa ?
J’ai appris ce qu’est un rapport d’expertise à l’école dans ma formation de jeune avocat à Bordeaux : lorsqu’il leur est prescrit un travail, ils doivent dire ce qu’ils ont vu. Mais dans ce cas, ils ont créé beaucoup de problèmes.
Je vais vous raconter l’histoire de Marie R. AccusĂ©e, on disait qu’elle avait empoisonnĂ© Ă l’aide du cyanure. Des experts affirmaient mordicus que c’Ă©tait le cas. Mais rien n’était certain, juste des soupçons. Après la contre-expertise, il avait Ă©tĂ© constatĂ© que ce n’Ă©tait pas le cas. Aucune trace de cyanure. Un expert appelĂ© Ă confirmer la prĂ©sence du cyanure dans l’un des deux flacons s’Ă©tait trompĂ© publiquement. Aucun des deux flacons ne comportaient du cyanure alors qu’il avait choisi un des deux flacons prĂ©sents indiquant qu’il en contenait. Donc ils s’étaient trompĂ©s.
(Histoire résumée)
Je vous le dis parce qu’il n’y a aucune justice dans cette affaire. Aucun travail sérieux n’a été fait. Nous constatons que le département de la Menoua est devenu nauséabond pour lui, mais qu’on lui fiche la paix.
C’est terrible qu’on lui demande de citer les noms de personnes décédées, là où il se trouvait. Pourtant, le listing montre sa présence dans ce village.
Monsieur le PrĂ©sident, honorables juges, personne ne parle de l’ imputabilitĂ© des faits ni des motivations. L’article 74… Lecture faite.
Qui a établi que Fouelefack a tué son épouse ? Quand et où aurait-elle reçu des coups ? Comment peut-on dire qu’il est orgueilleux, suffisant, colérique, etc. ?
Monsieur le Président, soyons sérieux.
Qui a établi les faits ? Les coups reçus, c’était quand et où ? Personne.
Lisons l’article 265…
J’aurais souhaité que le président du tribunal prenne ses responsabilités. En le laissant en prison, vous l’avez marqué au fer rouge. Quand il sortira, on dira : Voilà l’homme qui a tué sa femme.
Dites-nous quand et où il l’a tuée, et avec quelle arme?
Donc Fouelefack peut ĂŞtre aussi cruel ?
Non, Monsieur le Président.
Lorsqu’on dirige un dossier, surtout sur les mœurs, on doit être juste. Je n’ai vu aucune preuve, seulement des allégations et des divagations.
Je vous confie, Monsieur le Président, qu’après mon excellent confrère Me Bouopda, au nom du droit et de l’équité, vous rendrez un beau verdict, de paix et d’honneur.
Ne rendez pas un verdict de poids, rendez un verdict conforme au sens de la justice. Ne mélangez pas douleur, haine et vengeance. A la lecture de la lettre écrite à sa défunte épouse, je suis sûr qu’il a pardonné à ceux qui ont monté cette cabale contre lui.
Rendez justice, pour que nous puissions dire : il y a des juges Ă Dschang.
L’audience se termine à 13h44.
Le président du tribunal renvoie l’affaire au 9 juin 2026 pour le délibéré.
C.K.”
BORIS BERTOLD
Fier d’être Dschang
Voir moins

